
Scylla - Portes du désert
Portes du désert de Scylla s'ouvre avec la promesse d'une immersion totale dans une durée étendue, où le titre de départ, « 10 jours, 10 nuits », pose immédiatement un cadre temporel dense sur un parcours qui s'étend sur une heure et quinze minutes. Cette première piste ne sert pas seulement d'accroche thématique mais installe dès l'instant Z un rythme lent et contemplatif, structurant toute l'expérience auditive qui suit sans jamais céder à la précipitation. Scylla, de son vrai nom Gilles Alpen, revient sur les planches avec cet opus le 23 mai 2025, après la compilation Abysses & Ivresse des profondeurs (2024) et loin derrière son dernier album studio, ÉTERNEL (2022), pour composer une œuvre qui s'éloigne des projets plus commerciaux ou éphémères.
Quarante-huit heures d'ombre sur le seuil : l'immersion de « 10 jours, 10 nuits »
Le nom de scène Scylla renvoie directement au monstre marin homonyme, un choix explicite lié à une fascination durable pour l'univers aquatique et la présence d'un autre membre du collectif OPAK nommé Karib, qui évoquait déjà Charybde. Cette référence mythologique n'est pas une simple étiquette marketing mais l'ancrage profond d'une identité artistique construite dès 2002 lors de la fondation de ce groupe qui a publié deux albums majeurs, L'Arme à l'œil en 2004 et Dénominateur commun en 2006. Sur cette première piste, la figure du monstre marin ne se manifeste pas par une image visuelle immédiate mais par la lourdeur des temps musicaux et la profondeur des textes, créant une atmosphère où l'eau semble à la fois un refuge et une menace constante. C'est une invitation à naviguer dans un décor sombre où le rappeur belge, originaire de Drogenbos et ayant vécu à Forest, affirme sa souveraineté sans chercher à partager la vedette avec d'autres voix.
L'heure et quart du solitaire : la densité de Portes du désert
Durant ses vingt ans de carrière, Scylla a établi une trajectoire marquée par une progression constante, passant du statut de membre du collectif OPAK à celui de figure solo après avoir remporté le concours Musique à la française en 2009. Cet album représente une étape dans cette évolution, venant s'inscrire entre ÉTERNEL (2022) et le prochain titre, Jungle noire (2026), pour former un pont discographique robuste. L'œuvre compte dix-sept titres, dont la durée cumulée atteint exactement une heure et quinze minutes. Cette structure impose à l'auditeur de suivre le fil conducteur d'une voix rauque qui traverse les titres depuis la deuxième piste éponyme « Portes du désert » jusqu'à la neuvième piste intitulée « Mirages ».
Gardiens pt.1 : l'autonomie vocale comme seule alliée
La troisième piste du disque, « Gardiens pt.1 », agit comme un pivot essentiel qui consolide la position de Scylla dans son propre univers. Pour comprendre la portée de cette autonomie, il faut se souvenir de sa première publication solo, Abysses, sortie le 18 février 2013 et composée de quinze titres où il a fait participer Tunisiano, REDK, Saké des Zakariens et Furax. Contrairement à cette approche collaborative de 2013, Portes du désert impose une solitude rigoureuse qui ne cherche pas à diluer la force brute du rappeur dans un mélange de voix multiples. Cette décision contraste fortement avec l'album Pleine Lune (octobre 2018), qui a lui aussi été publié en collaboration avec le pianiste Sofiane Pamart, créant une dynamique où la machine de production remplaçait parfois l'instrument acoustique. Ici, dans « Gardiens pt.1 », c'est la voix seule qui porte le récit, rappelant que Scylla est aussi un slameur-poète avant d'être un artiste pop-rap. Sa carrière solo commence véritablement avec Immersion en 2009, mais c'est ici qu'elle trouve une maturité qui lui permet de composer des albums comme Masque de chair (2017) ou BX Vice (2019) sans aucune assistance vocale.
Tempêtes - Bonus Track : une fin ouverte sur les vagues
Le disque se conclut officiellement par la piste numéro dix-sept, « Tempêtes - Bonus Track », qui prolonge artificiellement le récit au-delà des seize titres principaux. Ce bonus track valide l'héritage marin du nom de scène Scylla en offrant une suite logique aux thèmes abordés sur les onze premiers titres de la liste principale. La présence de cette piste supplémentaire montre une volonté de l'artiste d'étendre la durée de l'expérience écoutée bien au-delà de la norme habituelle. Cette clôture ouverte sur les vagues confirme que l'univers marin n'est pas un simple ornement mais le fondement même de l'architecture sonore du projet. Après avoir navigué à travers « Verre de sable » et « Terre brûlée », l'auditeur est conduit vers cette fin où le calme succède aux tempêtes évoquées dans le titre, scellant ainsi un cycle qui s'ouvre sur la piste numéro un et se referme sur une dernière invocation de l'élément liquide. Avec ÉTERNEL (2022) déjà derrière lui et Jungle noire (2026) devant lui, cet album publié par le label DEMAIN marque une pause réfléchie dans une carrière qui a débuté en 2002 avec le collectif OPAK. C'est une déclaration d'intention claire : la solitude n'est pas une faiblesse pour Scylla, mais un outil pour affiner sa vision et maintenir intacte l'authenticité de son message poétique.
Fiche technique
- Sortie : 23 mai 2025 - Label : DEMAIN - Titres : 17 (1 h 15 min) - Ouverture / clôture : 10 jours, 10 nuits / Tempêtes - Bonus Track - Projet précédent : Abysses & Ivresse des profondeurs (compilation, 2024) - Album studio précédent : ÉTERNEL (2022)
🎬 Les clips de l’album
17 clips · lecture à la suite
Titres
- 1
- 2
- 3
- 4
- 5
- 6Memphisfeat. Furax Barbarossa
- 7
- 8
- 9Miragesfeat. Furax Barbarossa
- 10
- 11
- 12
- 13Loinfeat. Furax Barbarossa
- 14
- 15
- 16
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🔥 Les tracks qui cartonnent
Classement Hip-Hop/R&B · semaine du 02/11/2026
- 1I Just Might— Bruno Mars
- 2Janice STFU— Drake
- 3What You Need— Tems
- 4Solar Eclipse— Drake & Don Toliver
- 5Dead Fresh— Lil Baby
- 6Quebec— Drake
- 7So Good— Jhene Aiko Featuring Kendrick Lamar
- 8WTF GOIN— Belly Gang Kushington & 21 Savage
- 9Cold Shoulder— Drake, Don Toliver & Yebba
- 10Cinderella— Mac Miller Featuring Ty Dolla $ign



